Cher concours

Publié le par MG

Cher concours des bibliothèques,

ça fait 15 ans que je me torture à aller te passer, à chaque fois qu'une session est organisée. Fonction publique d'état ou territoriale, je ne fais pas la fine gueule, les pourcentages de réussite sont si faibles que je tente tout, au cas où.

Il y a quelques années, les dates n'étaient pas les mêmes dans tous les départements. On pouvait passer le C, le B, le B+, le A dans plusieurs centres. Chic, je voyageais à travers toute la France. Pour des pourcentages de réussite d'environ 1% dans les bons jours. D'ailleurs on pouvait passer le B et le B+ la même année, la date était différente.

Maintenant c'est super, il n'y a plus qu'une date par département pour le B et le B+, même des fois le A tombe le même jour, ça limite les frais de voyage. Et puis c'est encore plus super, parce que tous les départements ont la même date. Comme ça on peut le passer qu'une fois. Vive l'égalité des chances.

Ah bon, forcément, il n'est plus organisé qu'une fois tous les 3 ans, ça limite un peu. Et sur certains centres d'examen il y a 10 postes pour 300 inscrits, et dans d'autres centres 40 postes pour 200 inscrits. Egalité des chances on a dit. Les candidats s'inscrivent donc à plusieurs endroits, et vont là où le pourcentage de l'avoir est le plus élevé, c'est chouette les concours, on devient matheux sans le vouloir.

J'ai passé le A, le A+, en territoriale et en état. J'ai passé le BAS, le BIBAS, le B, le B+. J'ai passé le C. J'ai même tenté ceux de la filière administrative au cas où, on sait jamais sur un coup de bol.

Cher concours, tu me donnes l'impression d'être une cruche, de ne pas avoir ma place dans le métier. Pourtant je ne crois pas être bête. J'ai le DUT métiers du livre. J'ai une licence d'allemand, j'ai une maîtrise de gestion culturelle. Je parle couramment 3 langues en plus du français, j'en baragouine 2 de plus.

J'en suis tombée malade. J'en ai chialé. J'en ai crié de rage. J'en ai fait des crises d'angoisse et de panique. J'en suis arrivée à me dire que j'étais vraiment trop conne, trop bête pour être capable de l'avoir.

Je suis bibliothécaire depuis bientôt 15 ans. Je fais des formations tous les ans, je fais une veille professionnelle tous les jours, au travail, à la maison. Je lis la gazette des communes pour suivre les évolutions de la FPT. J'avale les livres pour savoir conseiller mes lecteurs. Je propose des animations de tous types, pour les 0 à 103 ans.

Je te trouve tellement cynique, tellement injuste, cher concours. Et pourquoi je m'inflige tout ça? Pour enfin avoir la reconnaissance de mon travail? Pour avoir plus de responsabilités alors que je fais déjà un travail de B? Pourtant j'essaie de me fondre dans le moule de ces concours qu'on nous impose. Dans la fonction publique c'est comme ça, on l'a ou on l'a pas. Aucune marge de négociation. Notre employeur ne peut pas décider qu'on le mérite et nous l'attribuer.

Je te le promets, cher concours, j'abandonne. Je ne m'infligerai plus jamais ça. Mes jours de congés à plancher sur des notes de synthèse iniques écrites à la main qui n'ont rien à voir avec mon quotidien professionnel. Mes jours de week-end à lire de la doc pro au lieu de profiter de mes enfants. Mes soirées avec mon mari à faire des questions réponses de type concours. Mes heures en voiture à me répéter mon "discours de présentation de 5 minutes chrono".

Alors cette fois, petit concours, je t'ai eu. Alors qu'il y avait 3% de chances de l'avoir. Maintenant j'ai 4 ans pour le faire valider. Mais je te promets que plus jamais tu ne me verras. Plus jamais réviser comme une idiote, plus jamais douter de moi, plus jamais me sentir jugée, notée, évaluée sur mon travail que j'aime et que je fais. Bien.

Ce système est comme il est, on fait avec, mais il ne faudra pas que tu t'étonnes, petit concours, de voir des fonctionnaires aigris par le manque de reconnaissance.

Je ne te dis pas cordialement. Le coeur n'y est pas, même si cette fois je t'ai eu. Je te dis juste adieu.

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Judge 22/07/2017 17:05

Le taux d'admis aux concours par rapport au nombre de candidats est de plus en plus bas. Depuis quelques années, les gens finissent par se tourner vers les concours ayant la probabilité de réussite la plus élevée.

Je pense que beaucoup de monde arrive à s'identifier en lisant cet article. Je connais une multitude de collègues à la DGFIP ( Direction Générale des Finances Publiques ) qui ont passé des concours des dizaines de fois avant d'en décrocher un.

Cloé 12/11/2016 15:26

Merci pour cet article qui parlera à de très nombreux bibs, qu'ils aient une longue carrière derrière eux ou qu'ils enchaînent études longues, boulots précaires et prépas concours pour espérer obtenir le graal : un poste sympa dont la paye correspond à leurs compétences.

Ton article m'a parlé car moi aussi, cette année, j'ai réussi ! Et ma première pensée, ça a été "Plus jamais de révisions, de doutes, de remises en question, de jugements. Plus de soirées passées à m'entraîner avec mon compagnon, de week-ends à bosser la note de synthèse".

Comme toi, ma première réaction a été le soulagement d'en avoir fini avec le concours, avant même de penser aux postes auxquels ce concours me donne accès - ce qui est quand même la raison première du passage des concours !

Soulagée donc, comme toi, je me dis aussi "Plus jamais" ce parcours absurde. Bon courage à ceux qui continuent ce parcours du combattant !

A. 07/11/2016 14:42

Félicitations, j'espère te rejoindre bientôt parmi les heureux élus.

Justine 27/10/2016 19:35

Merci pour ce texte. Effectivement, on se sent moins seul. Après ces lignes, j'ai l'impression que je commence tout juste ce douloureux parcours. Ca fait deux ans que je passe les concours et pourtant j'en suis déjà dégoûtée. Je me reconnais dans ce texte et rejoins tout ce qui y est exprimé. Félicitations d'avoir fait partie des 3% ! :-)